Auteur

anicolas

 

Alexandre Nicolas :

Cartographe - géomaticien,

ancien officier géographe

du Ministère de la Défense.

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AUTEUR

De nombreux espaces naturels protégés peuvent être considérés comme "urbains", en raison de leur intégration dans une agglomération. A la fois grands jardins publics et garantie de biodiversité, ils sont nécessaires à la ville. Ils incarnent la proximité du " sauvage " et une plus-value esthétique.
Cette relation est pourtant conflictuelle, du fait de la pression urbaine et du tourisme, et peut même aboutir à l'exclusion des populations pauvres.

Carte : Le parc Tijuca face aux favelas à Rio de Janeiro

 

Carte : Le parc Tijuca face aux favelas à Rio de Janeiro

Le paradoxe des parcs nationaux urbains

Varsovie, Mumbai, Le Cap, Rio, Stockholm, Nairobi, San Francisco : plusieurs métropoles intègrent aujourd'hui des espaces protégés, enveloppés par des activités et des quartiers résidentiels denses.
Mais au delà de l'idée d'une nature " assiégée " par la ville, des politiques émergent dans les pays développés, composant avec la protection par une valorisation des écosystèmes, une éducation à l'environnement et des réglementations foncières strictes.
Les concepts de " nature urbaine ", de " biodiversité urbaine " permettent d'accommoder les espaces construits à la nature, dans une approche réparatrice.

Cependant, au Sud, la question du développement prime encore sur cette évolution de la relation ville-nature. A Rio de Janeiro, et plus encore à Mumbai, les parcs sont exposés directement à la fragmentation des milieux naturels, à l'étalement urbain et aux prédations diverses sur les ressources, avec souvent des réponses inégales.
La tentative de conciliation territoriale expérimentée à Rio - où la situation permet plus de marges de manœuvre - contraste avec la radicalisation des positions à Mumbai.

Rio : la conciliation


Au cœur de Rio (6 millions d'habitants), le parc national de Tijuca, dont le symbole est la statue du Christ Rédempteur (sur Corcovado) reçoit environ 2 millions de visiteurs par an. C'est une forêt tropicale secondaire en mosaïque, coupée par 45 km de routes.
La pression urbaine y est grande : pelerinages, feux de forêt, braconnage, divagations d'animaux s'ajoutent à l'extension de 100 bidonvilles dans un périmètre protégé par 5 gardes seulement.

 
Depuis 2008, la gestion du parc est participative, avec un conseil consultatif regroupant des membres de la société civile et la mairie. Vers le sud et ses quartiers, un mur de protection contre l'expension de bidonvilles a été envisagé ; ailleurs, des initiatives se developpent avec l'aide d'ONG locales (nettoyage, replantations, écotourisme...)

Photo : Mont Pedra Bonita, (700 mètres, il se trouve à l’intérieur du Parc National de Tijuca)

Photo : mont Pedra Bonita

Mumbai : l'expulsion

Mumbai illustre une situation dramatique d'exclusion sociale par la nature. La mégalopole de 20 millions d'habitants (auxquels s'ajoutent plus 150 000 personnes par an) exerce une pression accrue sur les mangroves et les 100 km² de la forêt du parc national Sanjay Ghandi, au nord.
Ce dernier sert de château d'eau, de poumon vert et de lieu de ressourcement pour les population urbaines, avec un site de loisirs et de pèlerinage à l'ouest du parc, et des enclaves urbaines au sud. En 1995, plus de 500 000 habitants vivaient dans le parc, par extension de l'habitant informel. Ici, le contexte ne permet pas la gestion participative : la pression sur la ressource en bois, le gibier et le foncier est extrêmement forte. La pauvreté des slums et la croissance urbaine, symbolisée par des tours verticales aux portes du parc, assiègent littéralement la forêt.

Carte : Le parc Sanjay Gandhi, une enclave dans Mumbai ?

Carte : Le parc Sanjay Gandhi, une enclave dans Mumbai ?

En retour, les attaques de léopards contre les riverains deviennent fréquentes. Un mur délimite donc le parc au sud. Des expulsion violentes ont été décidées en 2000 : 46 000 logements informels et petits commerces ont été évacués, avec le soutien des associations écologistes... et des promoteurs locaux. Des indemnités et un relogement étaient prévus pour les résidents d'avant 1995. Cependant, seuls 12 000 bénéficiaires ont surmonté les démarches et la corruption.
Aujourd'hui, 150 000 personnes seraient encore dans le parc, avec l'accord tacite des forestiers.
La relation entre le parc et la ville achoppe donc surtout sur la question du sous-developpement et de la promiscuité spatiale.

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Article extrait de :

 

www.le-cartographe.net
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